Licenciement pour faute grave : les droits du salarié
12 mars 2026
Le droit d'alerte du CSE permet aux élus du comité social et économique de signaler à l'employeur une situation anormale et de l'obliger à réagir, selon une procédure fixée par le Code du travail. Danger grave et imminent, atteinte aux droits des personnes, risque pour la santé publique ou l'environnement, difficultés économiques préoccupantes, recours massif aux contrats précaires : chaque alerte obéit à des règles propres, avec ses délais, son formalisme et ses recours.
Ce guide s'adresse aux membres du CSE qui veulent exercer leur droit d'alerte de manière efficace, et aux employeurs qui doivent y répondre sans commettre d'erreur. Il présente les cinq droits d'alerte prévus par le Code du travail, les personnes qui peuvent les déclencher, la procédure à suivre étape par étape, les suites possibles devant l'inspection du travail ou le conseil de prud'hommes, et les conséquences pour l'employeur. Il s'appuie sur les textes en vigueur au 14 octobre 2026, consultés sur le Code du travail numérique du ministère du Travail (code.travail.gouv.fr), qui reprend les textes publiés sur Légifrance, et sur la fiche officielle de Service-Public. Les références figurent en fin d'article.
En bref
Un élu du CSE qui constate un danger ou une atteinte aux droits des salariés doit alerter l'employeur immédiatement, et l'employeur doit enquêter sans délai.
Le droit d'alerte est l'une des attributions de la délégation du personnel au comité social et économique. Il permet aux membres du CSE de demander des explications à l'employeur, ou de l'obliger à agir, lorsqu'ils constatent une situation qui menace les salariés ou l'entreprise. À la différence d'une simple réclamation, l'alerte déclenche une procédure encadrée par la loi : l'employeur ne peut pas l'ignorer, et son inaction peut conduire à l'intervention de l'inspection du travail ou du juge.
Ce dispositif est issu de l'ordonnance n° 2017-1386 du 22 septembre 2017, qui a créé le CSE et dont les dispositions sont entrées en vigueur au plus tard le 1er janvier 2018. Il complète les autres missions du CSE, notamment la présentation des réclamations et la promotion de la santé et de la sécurité au travail.
Le Code du travail ne prévoit pas un seul droit d'alerte, mais plusieurs procédures, dont le champ dépend de l'effectif. Selon l'article L. 2312-1 du Code du travail, les attributions du CSE dans les entreprises de moins de 50 salariés sont définies par une section du code, et celles des entreprises d'au moins 50 salariés par une autre section. Dans les premières, l'article L. 2312-5 prévoit que la délégation du personnel exerce le droit d'alerte dans les conditions des articles L. 2312-59 et L. 2312-60. La fiche officielle de Service-Public, vérifiée le 4 août 2026, récapitule la répartition suivante.
| Droit d'alerte | Entreprises concernées | Situation visée | Textes |
|---|---|---|---|
| Atteinte aux droits des personnes | Toutes les entreprises dotées d'un CSE | Atteinte aux droits des personnes, à leur santé physique et mentale ou aux libertés individuelles | Article L. 2312-59 |
| Danger grave et imminent | Toutes les entreprises dotées d'un CSE | Cause de danger grave et imminent pour la vie ou la santé des travailleurs | Articles L. 2312-60, L. 4131-2 et L. 4132-2 à L. 4132-4 |
| Santé publique et environnement | Toutes les entreprises dotées d'un CSE | Produits ou procédés de fabrication présentant un risque grave pour la santé publique ou l'environnement | Articles L. 2312-60 et L. 4133-1 et suivants |
| Alerte économique | Au moins 50 salariés | Faits de nature à affecter de manière préoccupante la situation économique de l'entreprise | Articles L. 2312-63 et L. 2312-64 |
| Alerte sociale | Au moins 50 salariés | Accroissement important du nombre de salariés en CDD et d'intérimaires | Article L. 2312-70 |
Le droit d'alerte du CSE ne doit pas être confondu avec deux mécanismes voisins.
Le droit d'alerte appartient aux membres de la délégation du personnel au comité social et économique. Les articles L. 2312-59 et L. 2312-60 visent expressément « un membre de la délégation du personnel » : un seul élu peut donc alerter l'employeur, sans attendre une délibération du comité, pour une atteinte aux droits des personnes ou un danger grave et imminent.
L'élu n'a pas besoin d'avoir constaté lui-même la situation. Le texte précise qu'il peut en avoir connaissance « notamment par l'intermédiaire d'un travailleur ». Un salarié qui veut signaler un danger peut ainsi s'adresser à un représentant du personnel, qui déclenchera la procédure.
Les alertes économique et sociale fonctionnent différemment : elles relèvent du comité lui-même. L'alerte sociale suppose une demande de la majorité des membres du CSE, et l'alerte économique donne lieu à un rapport du comité ou, dans certaines entreprises, de sa commission économique.
C'est l'alerte la plus fréquente en pratique, et celle dont les délais sont les plus courts. Selon l'article L. 4131-2 du Code du travail, le représentant du personnel au CSE qui constate qu'il existe une cause de danger grave et imminent en alerte immédiatement l'employeur. La procédure se déroule ensuite dans l'ordre suivant.
L'avis de l'élu ne peut pas rester oral. L'article D. 4132-1 du Code du travail impose de le consigner sur un registre spécial dont les pages sont numérotées et authentifiées par le tampon du comité. L'avis est daté et signé, et il comporte trois mentions obligatoires :
Selon l'article D. 4132-2, ce registre est tenu, sous la responsabilité de l'employeur, à la disposition des représentants du personnel au comité social et économique. Un employeur qui ne tient pas ce registre, ou qui le rend inaccessible, prive les élus de leur outil de preuve et s'expose à un litige.
Lorsque l'employeur et le représentant ne s'accordent pas sur la réalité du danger ou sur la façon de le faire cesser, notamment par arrêt du travail, de la machine ou de l'installation, l'article L. 4132-3 impose de réunir le comité social et économique d'urgence, dans un délai n'excédant pas vingt-quatre heures. L'employeur informe immédiatement l'agent de contrôle de l'inspection du travail et l'agent du service de prévention de la caisse régionale d'assurance maladie, qui peuvent assister à la réunion. Pour distinguer cette réunion d'urgence d'une demande de réunion de la commission santé, sécurité et conditions de travail, voir notre analyse de la réunion extraordinaire de la CSSCT et le rôle de la CSSCT.
À défaut d'accord entre l'employeur et la majorité des membres du CSE sur les mesures à prendre et leurs conditions d'exécution, l'article L. 4132-4 oblige l'employeur à saisir immédiatement l'inspecteur du travail. Celui-ci peut mettre l'employeur en demeure, selon les procédures de l'article L. 4721-1, ou saisir le juge des référés dans les conditions des articles L. 4732-1 et L. 4732-2. La fiche Service-Public précise également qu'après l'enquête, une fiche de renseignements est adressée à l'inspection du travail.
Le deuxième droit d'alerte vise des situations qui ne relèvent pas toujours d'un danger physique. Selon l'article L. 2312-59 du Code du travail, un membre de la délégation du personnel qui constate une atteinte aux droits des personnes, à leur santé physique et mentale ou aux libertés individuelles dans l'entreprise, qui ne serait pas justifiée par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnée au but recherché, en saisit immédiatement l'employeur.
Le texte cite plusieurs exemples d'atteintes possibles :
Cette alerte constitue un levier important pour les élus confrontés à des risques psychosociaux. Pour l'approche individuelle du salarié, voir notre page consacrée au harcèlement moral au travail.
Saisi par l'élu, l'employeur procède sans délai à une enquête avec le membre de la délégation du personnel du comité, et prend les dispositions nécessaires pour remédier à la situation. Le texte n'impose pas de forme particulière à l'enquête, mais l'employeur a intérêt à en conserver la trace : auditions, constats, mesures prises et calendrier.
En cas de carence de l'employeur ou de divergence sur la réalité de l'atteinte, et à défaut de solution trouvée avec l'employeur, le salarié concerné peut saisir le bureau de jugement du conseil de prud'hommes. Le membre de la délégation du personnel peut le saisir à sa place, si le salarié, averti par écrit, ne s'y oppose pas. Le conseil statue selon la procédure accélérée au fond. Le juge peut ordonner toutes mesures propres à faire cesser l'atteinte et assortir sa décision d'une astreinte, liquidée au profit du Trésor. Selon la note de l'article, cette rédaction s'applique aux demandes introduites depuis le 1er janvier 2020.
Le membre de la délégation du personnel exerce aussi un droit d'alerte lorsque les produits ou procédés de fabrication utilisés ou mis en œuvre par l'établissement font peser un risque grave sur la santé publique ou l'environnement, en application de l'article L. 2312-60, qui renvoie aux articles L. 4133-1 à L. 4133-4. Selon la fiche Service-Public, l'alerte est consignée, datée et signée sur un registre spécial tenu par l'employeur, l'employeur examine la situation conjointement avec l'élu et l'informe de la suite qu'il réserve à l'alerte. En cas de divergence sur le bien-fondé de l'alerte ou en l'absence de suite dans un délai d'un mois, le représentant du personnel peut saisir le préfet du département.
Dans les entreprises d'au moins 50 salariés, l'article L. 2312-63 du Code du travail permet au comité social et économique, lorsqu'il a connaissance de faits de nature à affecter de manière préoccupante la situation économique de l'entreprise, de demander à l'employeur de lui fournir des explications. Cette demande est inscrite de droit à l'ordre du jour de la prochaine séance du comité.
Si le comité n'a pu obtenir de réponse suffisante de l'employeur, ou si celle-ci confirme le caractère préoccupant de la situation, il établit un rapport. Dans les entreprises d'au moins 1 000 salariés, ce rapport est établi par la commission économique, sauf accord prévu à l'article L. 2315-45. Le rapport est transmis à l'employeur et au commissaire aux comptes.
Pour préparer ce rapport, l'article L. 2312-64 ouvre plusieurs moyens au comité :
Toujours dans les entreprises d'au moins 50 salariés, l'article L. 2312-70 du Code du travail organise une alerte sur le recours aux contrats précaires. Lorsque le nombre de salariés titulaires d'un contrat à durée déterminée et de salariés temporaires connaît un accroissement important par rapport à la situation existant lors de la dernière réunion du comité ayant abordé ce sujet, l'examen de cette question est inscrit de plein droit à l'ordre du jour de la prochaine réunion ordinaire, si la majorité des membres du comité le demande.
Lors de cette réunion, l'employeur communique au comité :
Selon la fiche Service-Public, le comité peut ensuite saisir l'inspection du travail, notamment s'il suspecte un recours abusif à ces contrats.
Une alerte mal traitée expose l'employeur à des risques juridiques sérieux, qui dépassent la seule relation avec le comité.
L'article L. 4131-4 du Code du travail prévoit que le bénéfice de la faute inexcusable de l'employeur, définie à l'article L. 452-1 du code de la sécurité sociale, est de droit pour le ou les travailleurs victimes d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle, alors qu'eux-mêmes ou un représentant du personnel au CSE avaient signalé à l'employeur le risque qui s'est matérialisé. Une alerte restée sans réponse peut ainsi peser lourdement dans un contentieux ultérieur. Sur les conséquences de cette qualification, voir notre article sur la faute inexcusable de l'employeur.
Le fait de porter atteinte au fonctionnement régulier du comité social et économique est puni d'une amende de 7 500 euros, selon l'article L. 2317-1 du Code du travail. Le refus de tenir le registre, l'absence de réunion d'urgence ou l'obstruction à l'enquête peuvent être examinés sous cet angle, au cas par cas.
Le salarié qui se retire d'une situation de danger grave et imminent est lui aussi protégé : l'article L. 4131-3 interdit toute sanction et toute retenue de salaire à l'encontre d'un travailleur ou d'un groupe de travailleurs qui s'est retiré d'une situation dont il avait un motif raisonnable de penser qu'elle présentait un danger grave et imminent. Les élus du CSE bénéficient, quant à eux, du statut protecteur des représentants du personnel, présenté dans notre article sur le rôle et la protection des salariés protégés.
Les situations suivantes sont des exemples fictifs, destinés à illustrer le choix de la procédure.
Le cabinet accompagne les élus et les directions dans la gestion de ces procédures ; voir notre page dédiée à l'accompagnement du CSE.
C'est la faculté pour les élus du comité social et économique de signaler à l'employeur une situation anormale et de l'obliger à réagir selon une procédure fixée par le Code du travail : danger grave et imminent, atteinte aux droits des personnes, risque pour la santé publique ou l'environnement et, dans les entreprises d'au moins 50 salariés, alertes économique et sociale.
Oui pour l'atteinte aux droits des personnes et pour le danger grave et imminent : les textes visent un membre de la délégation du personnel. Les alertes économique et sociale relèvent en revanche du comité.
Le salarié peut s'adresser à un membre du comité, qui alerte immédiatement l'employeur et consigne son avis sur le registre spécial. Le salarié reste par ailleurs tenu d'alerter lui-même l'employeur d'un danger grave et imminent, en application de l'article L. 4131-1.
Vingt-quatre heures au plus, en cas de divergence entre l'employeur et l'élu sur la réalité du danger ou sur la façon de le faire cesser.
Le salarié peut saisir le bureau de jugement du conseil de prud'hommes, qui statue selon la procédure accélérée au fond. L'élu peut le faire à sa place si le salarié, averti par écrit, ne s'y oppose pas.
Oui. Le CSE y exerce le droit d'alerte pour atteinte aux droits des personnes, pour danger grave et imminent et en matière de santé publique et d'environnement. Les alertes économique et sociale sont réservées aux entreprises d'au moins 50 salariés.
Article à jour au 14 octobre 2026. Le Bouard Avocats accompagne les élus du CSE dans l'exercice de leurs droits d'alerte et les employeurs dans le traitement des alertes reçues. Pour un examen de votre situation, vous pouvez prendre contact avec le cabinet.
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