Licenciement pour faute grave : les droits du salarié
12 mars 2026
Le 13ème mois est-il obligatoire ? Comment se calcule-t-il, et que se passe-t-il si vous quittez l'entreprise avant décembre ? Ces questions reviennent chaque fin d'année, chez les salariés comme chez les employeurs.
Ce guide fait le point sur la prime de 13e mois : ses sources, son calcul, son versement et les recours. Il distingue ce que disent les textes, ce que juge la Cour de cassation et l'analyse du cabinet. Il est à jour des sources consultées au 6 novembre 2026.
En bref
L'essentiel sur le 13ème mois, en cinq points.
Le 13ème mois est une prime annuelle, en général égale à un mois de salaire. Elle s'ajoute aux douze salaires mensuels et porte la rémunération annuelle à treize mois.
On parle aussi de treizième mois, de prime de fin d'année ou de gratification. Le nom importe peu : ce qui compte, c'est la clause qui la crée et les conditions qu'elle fixe.
Dans l'entreprise, le 13e mois constitue un avantage salarial courant. Il sert la politique salariale, la fidélisation des employés et l'attractivité des offres d'emploi.
Au sein d'une même société, la prime de 13ème mois peut également coexister avec une part variable, une prime d'objectifs ou un complément de salaire. Chaque dispositif suit ses propres modalités.
Pour la Cour de cassation, une prime de treizième mois sans objet spécifique étranger au travail accompli participe de la rémunération annuelle, au même titre que le salaire de base (Cass. soc., 26 septembre 2018, n° 17-15.101).
Elle se distingue d'une prime exceptionnelle, versée une seule fois, ou d'une prime de performance, liée à des objectifs ou à des résultats.
Non, pas en vertu de la loi. Aucun article du Code du travail n'impose à l'employeur de verser un 13e mois. La prime devient en revanche obligatoire dès qu'une source de droit la prévoit.
Selon l'administration, le versement d'une prime est obligatoire s'il est prévu par l'un des dispositifs suivants (service-public.gouv.fr, fiche F2301) :
Le premier réflexe est donc simple : lire son contrat de travail et sa convention collective. De nombreuses branches organisent un 13e mois, avec leurs propres conditions d'ancienneté et de présence.
Pensez aussi au règlement ou aux notes internes de l'entreprise, et interrogez le service des ressources humaines. Le mode de calcul y figure souvent.
Les clauses d'une convention ou d'un accord qui lie l'employeur s'appliquent aux contrats de travail conclus avec lui, sauf stipulations plus favorables du contrat (C. trav., art. L. 2254-1).
En pratique, si le contrat stipule un 13e mois plus élevé que l'accord de branche, le salarié peut se prévaloir de la clause la plus favorable.
Une prime versée chaque année peut devenir un usage d'entreprise. L'administration retient trois critères cumulatifs : la généralité, la constance et la fixité (service-public.gouv.fr, fiche F311).
Une fois l'usage établi, l'employeur ne peut pas cesser de verser la prime du jour au lendemain. Il doit le dénoncer selon une procédure précise, décrite par la même fiche :
Une dénonciation irrégulière laisse l'usage en vigueur. Selon nous, le salarié peut alors réclamer la prime comme si elle n'avait jamais été supprimée.
Les salariés éligibles sont ceux que désigne la source de la prime. L'accord ou le contrat peut fixer des conditions d'attribution de la prime : ancienneté minimale, présence à une date donnée, type de contrat.
Le dispositif peut viser les salariés en CDI, en CDD ou en intérim, à temps plein ou à temps partiel. Avant de conclure que vous ne pouvez pas en bénéficier, vérifiez ces conditions une à une.
La rémunération du salarié à temps partiel est proportionnelle à celle du salarié à temps complet de qualification égale, compte tenu de sa durée de travail et de son ancienneté (C. trav., art. L. 3123-5).
En pratique, le salarié à temps partiel perçoit en principe un 13e mois calculé au prorata de son temps de travail, sauf disposition plus favorable.
Réserver un 13e mois aux cadres n'est pas forcément illicite. La Cour de cassation a jugé que cadres et non-cadres ne sont pas placés dans une situation identique à l'égard d'une telle prime, qui rémunère le travail (Cass. soc., 26 septembre 2018, précité).
Cette solution ne vaut pas blanc-seing. Une différence fondée sur un motif discriminatoire, comme la grossesse, le sexe ou la situation de famille, reste interdite (C. trav., art. L. 1132-1).
Le calcul du 13e mois dépend entièrement du dispositif qui le crée. Aucune formule légale ne s'impose. Le plus souvent, le montant de la prime correspond à un mois de salaire brut de base, soit le brut mensuel hors éléments variables.
Le calcul de la prime peut aussi retenir la rémunération de décembre, une moyenne annuelle, un minimum conventionnel ou un montant forfaitaire en euros. La clause fixe enfin le sort des absences et des embauches récentes.
De nombreux textes calculent la prime au prorata du temps de travail effectif ou de présence. Le montant est alors réduit pour un salarié qui n'a pas travaillé toute la période de référence.
D'autres prévoient un versement uniquement si le salarié est présent à la date de versement. Lisez la clause réellement applicable avant de faire vos calculs.
| Situation | Règle prévue par le texte | Montant brut |
|---|---|---|
| Salarié présent toute l'année, 2 400 € brut par mois | Un mois de salaire brut de base | 2 400 € |
| Salarié à mi-temps, même poste | Prorata du temps de travail | 1 200 € |
| Entrée le 1er avril, temps complet | Prorata du temps de présence (9 mois sur 12) | 1 800 € |
| Départ le 30 septembre | Aucun prorata prévu par le texte ni par un usage | 0 € |
Ces exemples sont hypothétiques. Ils supposent que la convention collective ou le contrat fixe exactement la règle indiquée dans la deuxième colonne.
Beaucoup de conventions collectives prévoient un versement prorata temporis pour le salarié embauché en cours d'année. D'autres exigent une ancienneté minimale, par exemple six mois ou un an.
Selon nous, en l'absence de toute précision, le droit au 13e mois du salarié récemment embauché dépend de la lecture du texte et des pratiques de l'entreprise. Un conseil juridique permet de trancher.
Le Code du travail ne règle pas l'effet d'un arrêt maladie sur le 13e mois. C'est donc l'accord, le contrat ou l'usage qui décide si les absences réduisent la prime, et comment. Certains textes traitent à part l'accident du travail.
Selon nous, un abattement pour absence doit s'appliquer de la même façon à toutes les absences comparables. Une réduction liée à la seule grossesse ou à l'état de santé expose l'employeur à un grief de discrimination (C. trav., art. L. 1132-1).
La date de versement est fixée par le texte applicable. Le 13e mois est souvent payé en décembre, avec le salaire du mois. Certains textes prévoient deux versements, par exemple en juin et en décembre.
Le versement peut aussi être mensualisé : la prime est alors répartie sur les douze mois, par acomptes mensuels. Ce choix a des effets sur le contrôle du SMIC.
Pour vérifier que le salaire atteint le SMIC, les primes de fin d'année ne sont pas prises en compte, sauf si elles sont versées par acomptes mensuels (service-public.gouv.fr, fiche F2300 ; C. trav., art. D. 3231-6).
Un employeur ne peut donc pas, en principe, invoquer un 13e mois payé en décembre pour compenser un salaire mensuel inférieur au minimum légal.
C'est la question la plus fréquente. La réponse de principe est claire : sans disposition qui le prévoit, le salarié qui quitte l'entreprise avant la date de versement n'a pas droit à un 13e mois au prorata.
L'Assemblée plénière de la Cour de cassation l'a jugé : en l'absence de disposition conventionnelle, le droit au paiement prorata temporis d'une « prime de treizième mois » au salarié parti, quel qu'en soit le motif, ne peut résulter que d'une convention ou d'un usage dont il doit rapporter la preuve (Cass. ass. plén., 5 mars 1993, n° 89-43.464).
Le motif de la rupture ne change pas ce principe. Démission, licenciement ou rupture conventionnelle : tout dépend des clauses de votre accord ou de votre contrat. Certaines clauses excluent le versement en cas de licenciement pour faute grave.
Avant de signer le solde de tout compte, vérifiez donc si la clause organise un versement de la prime à la sortie. Beaucoup d'accords le font.
Le 13e mois compte aussi dans le salaire de référence de l'indemnité de licenciement. La formule la plus avantageuse est retenue : moyenne des douze derniers mois, ou tiers des trois derniers mois (C. trav., art. R. 1234-4).
Dans ce second calcul, une prime annuelle versée pendant les trois derniers mois n'est prise en compte qu'à due proportion, soit pour un quart de son montant.
Le 13e mois est un élément de salaire. Les primes et gratifications font partie de la rémunération soumise aux cotisations sociales et sont imposables (fiche F2301 ; CSS, art. L. 242-1).
La somme réellement touchée est donc inférieure au montant brut annoncé. Pour estimer l'écart, consultez notre guide sur le salaire brut et le salaire net.
Le bulletin de paie mentionne la nature et le montant des accessoires de salaire soumis à cotisations, ainsi que la rémunération brute (C. trav., art. R. 3243-1).
Le versement du 13e mois apparaît donc sur une ligne distincte du bulletin du mois concerné. Conservez ces documents : ils servent de preuve en cas de litige.
Le 13e mois entre-t-il dans l'indemnité de congés payés ? Tout dépend de sa nature. Une prime versée pour l'année entière, périodes de travail et de congés confondues, n'est pas incluse dans l'assiette.
La Cour de cassation l'a rappelé à propos d'un salarié intérimaire : les primes allouées pour l'année entière, qui rémunèrent des périodes de travail et de congés réunis, n'ont pas à être incluses (Cass. soc., 1er mars 2017, n° 15-16.988).
À l'inverse, un 13e mois qui n'est pas versé pour l'année, périodes de travail et de congés confondues, entre dans l'assiette (fiche F33359 ; C. trav., art. L. 3141-24). Voir aussi notre article sur l'indemnité compensatrice de congés payés.
Un 13e mois dû mais non payé est un rappel de salaire. Le salarié peut le réclamer, y compris après son départ de l'entreprise. La démarche suit généralement trois étapes :
L'action en paiement du salaire se prescrit par trois ans à compter du jour où le salarié a connu ou aurait dû connaître les faits. La demande peut porter sur les sommes dues au titre des trois dernières années, ou des trois années précédant la rupture du contrat (C. trav., art. L. 3245-1).
Lorsque le droit au 13e mois est clair, par exemple prévu en toutes lettres par le contrat, le juge des référés peut accorder une provision si l'obligation n'est pas sérieusement contestable (C. trav., art. R. 1455-7).
Le cabinet accompagne salariés et employeurs dans ces démarches, notamment pour un rappel de salaire ou une procédure devant les prud'hommes.
Pour l'employeur, la mise en place d'un 13e mois est un outil de management, de fidélisation et d'attraction des talents. Elle devient une source de contentieux lorsque ses règles sont floues. Quelques réflexes pratiques limitent ce risque :
Voici les réponses courtes aux questions les plus posées au cabinet.
Non, la loi ne l'impose pas. Il devient obligatoire s'il est prévu par le contrat, un accord collectif, un usage ou un engagement unilatéral de l'employeur.
Selon les règles du texte qui le prévoit. Le plus souvent, il équivaut à un mois de salaire brut de base, réduit au prorata pour un temps partiel ou une présence incomplète si le texte le prévoit.
Seulement si votre accord collectif, votre contrat ou un usage organise un versement au prorata en cas de sortie (Cass. ass. plén., 5 mars 1993, n° 89-43.464).
Cela dépend de sa source. Un usage ou un engagement unilatéral peut être dénoncé selon une procédure précise. Selon nous, supprimer une prime prévue au contrat suppose l'accord du salarié.
Oui. Il est soumis aux cotisations sociales et à l'impôt sur le revenu, comme le salaire.
Non. Ce guide vise les salariés de droit privé soumis au Code du travail. Les agents publics relèvent de textes propres, non traités ici.
Le 13e mois paraît simple. Il pose pourtant des questions délicates : sortie en cours d'exercice, absences, usage non dénoncé, inégalité de traitement. La réponse dépend toujours de la clause applicable.
Le cabinet Le Bouard Avocats, avec des bureaux à Versailles et à Paris, intervient en droit du travail auprès des salariés et des employeurs. Pour une question précise, vous pouvez prendre contact avec le cabinet.
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