Licenciement pour faute grave : les droits du salarié
12 mars 2026
Lorsqu’une entreprise annonce sa fermeture, les salariés se posent immédiatement les mêmes questions : vais-je être licencié ? Qui paiera mes derniers salaires ? Ai-je droit à une indemnité ? Un plan social est-il obligatoire ? Qui part en premier ? Que se passe-t-il si l’entreprise est placée en liquidation judiciaire ?
La fermeture d’une entreprise ne fait pas disparaître automatiquement les contrats de travail. L’employeur, l’administrateur ou le liquidateur judiciaire doit mettre en œuvre une procédure de licenciement économique et respecter plusieurs obligations : recherche de reclassement, consultation du comité social et économique lorsqu’il existe, application des critères d’ordre, proposition d’un dispositif d’accompagnement et paiement des sommes dues.
Les droits du salarié dépendent toutefois de plusieurs éléments : fermeture volontaire ou liquidation judiciaire, effectif de l’entreprise, nombre de licenciements envisagés, ancienneté, convention collective et appartenance éventuelle de l’entreprise à un groupe.

La fermeture de l’entreprise peut prendre plusieurs formes.
Il peut s’agir :
La situation juridique du salarié n’est pas identique dans chacun de ces cas.
Une société qui cesse son activité mais reste solvable doit normalement financer elle-même les salaires, indemnités et mesures d’accompagnement.
En revanche, lorsque l’entreprise est placée en liquidation judiciaire et ne dispose plus des fonds nécessaires, le liquidateur établit les créances salariales et sollicite l’intervention de l’Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés, appelée AGS. L’AGS intervient uniquement dans le cadre d’une procédure collective et dans les limites légales de sa garantie.
La cessation complète et définitive de l’activité d’une entreprise peut constituer une cause économique de licenciement.
Toutefois, l’annonce d’une fermeture ne suffit pas, à elle seule, à rendre tous les licenciements incontestables.
Plusieurs questions doivent être examinées :
La fermeture d’un magasin, d’une agence ou d’un établissement ne signifie donc pas nécessairement que tous les salariés concernés peuvent être licenciés sans recherche de solution alternative.
Lorsque d’autres établissements poursuivent leur activité, l’employeur doit examiner les postes disponibles avant de prononcer les ruptures.
Oui. Le licenciement économique ne peut intervenir qu’après la réalisation des efforts de formation et d’adaptation et lorsque le reclassement du salarié ne peut pas être effectué.
La recherche porte sur les emplois disponibles :
Le poste proposé doit normalement appartenir à la même catégorie que l’emploi occupé ou être équivalent, avec une rémunération équivalente.
Un poste de catégorie inférieure peut être proposé uniquement avec l’accord exprès du salarié. Les offres de reclassement doivent être suffisamment précises pour permettre au salarié d’en apprécier les caractéristiques.
Une offre sérieuse devrait permettre d’identifier notamment :
Une liste vague de métiers disponibles ou une invitation générale à consulter un site interne peut ne pas suffire lorsque le salarié ne peut pas identifier précisément les postes qui lui sont proposés.
Oui. Le salarié peut refuser une offre de reclassement.
Le refus ne constitue pas, à lui seul, une faute. Il peut toutefois permettre à l’employeur de poursuivre la procédure de licenciement économique si les recherches de reclassement ont été correctement menées.
Le salarié doit vérifier avant de répondre :
La fermeture de l’entreprise ne prive pas le salarié de ses droits financiers.
Selon sa situation, il peut percevoir plusieurs sommes.
Le salarié en CDI qui remplit les conditions d’ancienneté peut bénéficier de l’indemnité légale de licenciement.
Une convention collective, un accord d’entreprise, un contrat de travail ou un PSE peut prévoir une indemnité plus favorable.
Le calcul légal dépend notamment :
La comparaison entre l’indemnité légale et l’indemnité conventionnelle doit être effectuée afin de verser le montant le plus favorable lorsque la convention collective le prévoit.
Lorsque le salarié est dispensé d’exécuter son préavis par l’employeur, il perçoit normalement une indemnité compensatrice correspondant à la rémunération qu’il aurait reçue.
Des règles particulières s’appliquent toutefois lorsque le salarié accepte un contrat de sécurisation professionnelle.
Le droit au paiement du préavis dépend alors notamment de l’ancienneté du salarié et de la durée du préavis.
Les congés acquis et non pris à la date de rupture doivent être indemnisés.
L’indemnité compensatrice de congés payés est due quelle que soit l’origine de la rupture lorsque des congés restent acquis.
Le salarié doit également vérifier le paiement :
Un plan de sauvegarde de l’emploi peut prévoir :
Ces avantages dépendent du contenu du plan négocié ou établi par l’employeur.
En liquidation judiciaire, l’entreprise ne dispose souvent plus de la trésorerie nécessaire pour payer ses salariés.
L’AGS peut alors avancer certaines créances salariales.
Elle peut notamment garantir, dans les limites prévues par la loi :
L’AGS ne verse généralement pas les sommes directement sur simple demande du salarié.
Le processus passe par le mandataire ou le liquidateur judiciaire, qui établit un relevé des créances salariales et sollicite les fonds.
Le salarié doit donc vérifier que toutes les sommes qui lui sont dues ont été déclarées et intégrées au relevé.
Le salarié doit réunir les justificatifs permettant d’établir sa créance :
Il doit ensuite signaler rapidement la difficulté au mandataire ou au liquidateur.
En cas de contestation persistante, une action judiciaire peut être nécessaire pour faire reconnaître la créance.
Non.
La garantie dépend :
Le salarié ne doit donc pas considérer que l’AGS couvrira automatiquement la totalité de toutes les sommes réclamées.
Non. Un PSE n’est pas obligatoire dans toutes les fermetures.
Il doit être établi lorsque les deux conditions suivantes sont réunies :
Dans les autres situations, l’employeur doit respecter la procédure de licenciement économique applicable, mais il n’est pas nécessairement tenu d’élaborer un PSE.
Le PSE doit comporter des mesures destinées à éviter les licenciements, à en réduire le nombre et à faciliter le reclassement des salariés dont le licenciement ne peut être évité.
Il peut notamment prévoir :
La qualité d’un PSE ne doit pas être appréciée uniquement au nombre de mesures annoncées.
Il faut vérifier :
L’employeur ne peut pas choisir librement les salariés licenciés en fonction de préférences personnelles.
Il doit appliquer les critères d’ordre des licenciements prévus par la convention collective ou un accord collectif.
À défaut de règles conventionnelles suffisantes, il doit notamment prendre en compte :
L’employeur peut donner plus de poids à un critère, mais il ne peut pas totalement ignorer les autres.
Pas automatiquement.
L’ancienneté constitue un critère important, mais elle est combinée avec les autres critères.
Un salarié ayant une forte ancienneté peut donc être licencié avant un autre salarié si la pondération globale des critères conduit à ce résultat.
L’employeur doit toutefois être capable d’expliquer :
Oui.
Le salarié peut demander à l’employeur les critères retenus pour déterminer l’ordre des licenciements.
Cette demande est particulièrement utile lorsque le salarié ne comprend pas pourquoi son poste a été retenu plutôt que celui d’un collègue occupant des fonctions similaires. Le Code du travail prévoit que l’employeur indique par écrit les critères retenus lorsqu’il est saisi d’une demande écrite du salarié.
Une contestation peut être envisagée lorsque :
Le dispositif proposé dépend principalement de la taille de l’entreprise et de sa situation.
Le CSP est destiné à certains salariés licenciés pour motif économique.
Il permet notamment de bénéficier :
Il doit notamment être proposé dans les entreprises de moins de 1 000 salariés ainsi que dans les entreprises en redressement ou liquidation judiciaire, quel que soit leur effectif. Le salarié dispose en principe d’un délai de réflexion de 21 jours pour accepter ou refuser la proposition.
Dans les entreprises ou groupes employant au moins 1 000 salariés, hors cas dans lesquels le CSP s’applique en raison d’une procédure collective, l’employeur doit en principe proposer un congé de reclassement.
Ce dispositif peut inclure :
La décision doit être prise après avoir comparé :
L’acceptation du CSP ne prive pas le salarié de la possibilité de contester le motif économique ou la régularité de la rupture.
Le délai de contestation de la rupture reste en principe de 12 mois, avec un point de départ adapté à l’acceptation du CSP.
Le salarié privé involontairement de son emploi peut bénéficier de l’allocation d’aide au retour à l’emploi s’il remplit les conditions d’affiliation applicables.
Il doit accomplir les démarches nécessaires auprès de France Travail, sauf lorsqu’il entre directement dans le dispositif du CSP.
Le salarié licencié peut conserver temporairement la complémentaire santé collective de l’entreprise lorsqu’il remplit les conditions légales, notamment lorsqu’il bénéficie d’une prise en charge par l’assurance chômage.
La durée de portabilité correspond à la durée de la dernière période d’emploi, dans la limite de 12 mois.
L’employeur doit mentionner le maintien des garanties dans le certificat de travail et informer l’organisme assureur. Le salarié doit pouvoir justifier de sa prise en charge par France Travail.
La portabilité peut également concerner les garanties de prévoyance prévues par le contrat collectif :
Le salarié doit vérifier les garanties réellement maintenues, leur durée et les formalités demandées par l’assureur.
À la fin du contrat, le salarié doit notamment recevoir :
Service-Public rappelle que le certificat de travail, le solde de tout compte et l’attestation employeur font partie des principaux documents de fin de contrat.
La signature n’est pas obligatoire.
Avant de signer, il convient de vérifier :
La signature du reçu peut produire des effets sur les délais de contestation des sommes qui y sont mentionnées.
Il ne faut donc pas signer dans l’urgence lorsque les calculs n’ont pas été vérifiés.
Oui.
Le salarié ne conteste pas nécessairement la décision économique de fermer en elle-même. Il peut cependant contester les conditions juridiques de son licenciement.
Une contestation peut porter sur :
leLe délai pour contester la rupture d’un licenciement économique est en principe de 12 mois à compter de sa notification.
La juridiction compétente dépend de la nature du litige.
Le conseil de prud’hommes peut notamment examiner :
Le tribunal administratif est notamment compétent pour certaines contestations portant sur la décision administrative de validation ou d’homologation du PSE, son contenu ou la régularité de la procédure collective correspondante.
Les représentants du personnel et certains anciens titulaires de mandats bénéficient d’une protection particulière.
Même en cas de fermeture ou de liquidation, leur licenciement nécessite en principe l’autorisation de l’inspecteur du travail.
Cette protection peut notamment concerner :
L’existence d’un motif économique ne dispense pas l’employeur ou le liquidateur de respecter cette procédure spécifique.
Conservez une copie personnelle de :
Évitez toutefois de transférer des documents confidentiels appartenant à l’entreprise qui ne sont pas nécessaires à la défense de vos droits.
Demandez notamment :
Contrôlez :
Certains délais sont particulièrement courts :
Une consultation juridique peut être utile lorsque :
La direction peut annoncer rapidement une fermeture, notamment en cas de difficultés majeures. Elle ne peut toutefois pas faire disparaître les contrats sans respecter la procédure de rupture applicable. En liquidation judiciaire, les délais peuvent être très courts, mais les licenciements restent encadrés.
Oui, les salaires déjà acquis restent dus. Lorsque l’entreprise ne dispose plus des fonds nécessaires et qu’une procédure collective est ouverte, l’AGS peut intervenir pour avancer certaines créances dans les limites de sa garantie.
Le liquidateur établit les créances. Si l’entreprise ne dispose pas des fonds nécessaires et que les conditions sont réunies, l’AGS peut avancer l’indemnité garantie.
La fermeture entraîne en principe une privation involontaire d’emploi. Le salarié peut donc bénéficier de l’assurance chômage s’il remplit les conditions applicables ou du CSP lorsque celui-ci lui est proposé et qu’il l’accepte.
Non. L’obligation légale de mettre en place un PSE concerne les entreprises d’au moins 50 salariés envisageant au moins 10 licenciements sur 30 jours.
Il n’existe pas de règle selon laquelle les derniers arrivés partiraient systématiquement en premier. L’employeur doit combiner plusieurs critères, dont l’ancienneté, les charges de famille, les difficultés de réinsertion et les qualités professionnelles.
Lorsque l’entreprise appartient à un groupe, la recherche peut devoir être étendue aux entreprises situées en France dont l’organisation permet une permutation du personnel. Il faut toutefois qu’un poste disponible corresponde aux conditions légales de reclassement.
Oui. Le refus n’est pas une faute. Il peut cependant conduire à la poursuite du licenciement si l’employeur a rempli son obligation de recherche de reclassement.
Non. Le salarié dispose d’un délai de réflexion et peut refuser le CSP. Il convient néanmoins de comparer précisément les conséquences financières et professionnelles de l’acceptation et du refus.
Oui. L’acceptation du CSP n’interdit pas de contester le motif économique ou la rupture. Le délai applicable est en principe de 12 mois.
Il faut comparer le calcul avec le Code du travail, la convention collective, le contrat et les éventuelles dispositions du PSE. Une réclamation écrite peut être adressée à l’employeur ou au liquidateur avant d’envisager une procédure.
Oui, mais le licenciement reste soumis à l’autorisation de l’inspecteur du travail, y compris lorsque l’entreprise cesse son activité.
Oui, sous certaines conditions. La portabilité peut durer jusqu’à 12 mois, notamment lorsque le salarié bénéficie de l’assurance chômage.
Une fermeture d’entreprise concentre plusieurs difficultés : procédure rapide, documents nombreux, pression pour accepter un dispositif, calcul des indemnités et incertitude sur le paiement des salaires.
Une analyse juridique permet notamment de vérifier :
Les salariés concernés peuvent être reçus sur rendez-vous afin d’examiner leur situation, leurs documents et les délais qui leur sont applicables.
Code du travail, article L. 1233-4 relatif à l’obligation de reclassement :
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000036261863
Code du travail, article L. 1233-5 relatif aux critères d’ordre des licenciements :
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000036261856
Code du travail, article L. 1233-61 relatif au plan de sauvegarde de l’emploi :
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000036261733
Service-Public, Plan de sauvegarde de l’emploi :
https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F2811
Service-Public, Contrat de sécurisation professionnelle :
https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F13819
Service-Public, indemnités du salarié licencié pour motif économique :
https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F15189
Service-Public, contestation du licenciement économique :
https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F15800
Service-Public, portabilité de la complémentaire santé :
https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F20744
AGS, informations destinées aux salariés :
https://www.ags-garantie-salaires.org/salaries
AGS, comprendre la garantie des salaires :
https://www.ags-garantie-salaires.org/experts-partenaires/professionnels-du-droit/comprendre-ags