La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 opère une réforme structurante du régime social applicable aux heures supplémentaires. En mettant fin à la distinction fondée sur l’effectif de l’entreprise, le législateur étend désormais la déduction forfaitaire de cotisations patronales à l’ensemble des employeurs, y compris ceux dont l’effectif excède 250 salariés.
Cette évolution, entrée en vigueur le 1er janvier 2026, modifie sensiblement les équilibres économiques du temps de travail et appelle une analyse juridique approfondie.
La loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026 a modifié l’article L. 241-18-1 du Code de la sécurité sociale en supprimant toute référence au seuil de 250 salariés.
Avant cette réforme, le bénéfice de la déduction forfaitaire patronale était réservé aux entreprises de moins de 250 salariés, tandis que les structures plus importantes demeuraient exclues de ce mécanisme, bien qu’elles puissent déjà appliquer la réduction de cotisations salariales prévue à l’article L. 241-17 du même code.
Désormais, la règle est simple :
toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, peuvent appliquer une déduction forfaitaire de cotisations patronales sur les heures supplémentaires régulièrement effectuées par leurs salariés.
Cette harmonisation marque une rupture avec une logique différenciée selon la taille des organisations, et consacre une approche uniforme du coût du travail supplémentaire.
Le périmètre des heures éligibles est strictement aligné sur celui déjà reconnu pour la réduction de cotisations salariales. Il recouvre les différentes modalités contemporaines d’organisation du temps de travail.
Entrent notamment dans ce champ :
Cette diversité traduit la volonté du législateur d’intégrer l’ensemble des formes légales de dépassement de la durée normale du travail dans un cadre social unique.
La déduction consiste en une réduction directe du montant des cotisations patronales dues sur les rémunérations correspondant aux heures supplémentaires éligibles.
Son montant est fixé par décret et demeure identique à celui applicable auparavant aux entreprises de taille intermédiaire.
Sur le plan juridique, ce dispositif constitue une exception au principe posé à l’article L. 242-1 du Code de la sécurité sociale selon lequel l’ensemble des sommes versées en contrepartie du travail est soumis à cotisations. La déduction forfaitaire doit donc être interprétée strictement et appliquée dans le respect rigoureux des conditions légales.
Il s’agit d’un avantage social ciblé, qui ne remet pas en cause l’assujettissement général des salaires, mais en aménage ponctuellement les effets pour certaines catégories de temps de travail.

La suppression du seuil d’effectif met fin à une différence de régime entre petites et grandes entreprises. Le législateur a ainsi entendu rétablir une neutralité concurrentielle, en permettant à toutes les structures d’accéder aux mêmes leviers de gestion du temps de travail.
En abaissant le coût des heures supplémentaires, la réforme vise à encourager les entreprises à recourir à ce mode d’organisation plutôt qu’à des formes plus précaires d’emploi. Elle s’inscrit dans une logique de flexibilité interne et de sécurisation des parcours professionnels.
La combinaison entre réduction salariale et déduction patronale renforce l’attractivité des heures supplémentaires pour les salariés, sans alourdir excessivement la charge financière de l’employeur.
Si la mesure est favorable économiquement, elle n’autorise aucune approximation juridique. L’employeur doit démontrer la réalité et la régularité des heures supplémentaires déclarées.
Plusieurs exigences demeurent centrales :
En cas de contrôle, l’URSSAF est en droit de remettre en cause l’application de la déduction si les conditions ne sont pas réunies. La jurisprudence rappelle de manière constante que les exonérations et allègements sociaux doivent être justifiés par des éléments précis et vérifiables.
Dès l’exercice 2026, les entreprises de grande taille peuvent intégrer cette déduction dans leurs calculs de charges sociales. Cette évolution suppose :
Elle peut également conduire certaines entreprises à revoir leur politique de recours aux heures supplémentaires, désormais moins coûteuses qu’auparavant.
La généralisation de la déduction forfaitaire de cotisations patronales sur les heures supplémentaires constitue une réforme significative du droit social applicable en 2026.
En supprimant toute condition liée à l’effectif, le législateur a instauré un régime unifié, destiné à favoriser l’activité économique tout en sécurisant le recours au temps de travail supplémentaire.
Cette mesure, si elle présente un intérêt financier évident, ne saurait être dissociée d’une application juridiquement rigoureuse. Elle impose aux employeurs une parfaite maîtrise des règles relatives à la durée du travail et à la qualification des heures effectuées.
À défaut, l’avantage social recherché pourrait rapidement se transformer en source de contentieux et de redressements.