Licenciement pour faute grave : les droits du salarié
12 mars 2026
La transmission d’un arrêt de travail à l’employeur par courrier électronique peut être admise en pratique, dès lors que ce mode de communication permet d’informer rapidement l’employeur et que le salarié est en mesure d’en conserver la preuve.En revanche, il est préférable d’éviter d’affirmer que l’envoi par mail est, en toute hypothèse, un mode de transmission expressément consacré par les textes.
Voici l’essentiel à retenir :
L’obligation d’informer son employeur en cas d’arrêt de travail est une exigence légale à laquelle tout salarié est tenu. Toutefois, à l’heure où les échanges professionnels tendent à se dématérialiser, une question se pose légitimement : le salarié peut-il envoyer son arrêt de travail par mail ? Si la loi n’impose pas de modalité unique de transmission, certaines précautions s’avèrent indispensables pour éviter tout litige ultérieur.
Lorsqu’un salarié est dans l’incapacité de travailler pour des raisons médicales, il doit justifier son absence auprès de l’employeur. Cette obligation est distincte de celle qui consiste à adresser l’avis d’arrêt de travail à la caisse primaire d’assurance maladie.
L’article L.1226-1 du Code du travail subordonne notamment le bénéfice de l’indemnité complémentaire employeur à la condition que le salarié ait justifié son incapacité dans les 48 heures.
Par ailleurs, l’article R.321-2 du Code de la sécurité sociale prévoit que, lorsque l’arrêt n’est pas prescrit ou prolongé de manière dématérialisée, l’assuré doit envoyer son avis d’arrêt de travail à la CPAM dans les deux jours suivant la date d’interruption de travail.
En pratique, le salarié a donc tout intérêt à informer son employeur sans délai, et au plus tard dans le délai de 48 heures couramment retenu, afin d’éviter toute contestation sur le caractère justifié de l’absence.
À défaut, il peut s’exposer à une retenue sur salaire, à la perte du complément employeur lorsque les conditions légales ne sont pas remplies, voire à une sanction disciplinaire si l’absence demeure injustifiée.
Aucun texte ne prévoit, pour l’information de l’employeur, un mode exclusif de transmission de l’arrêt de travail. Il est donc possible, en pratique, d’utiliser le courrier électronique, sous réserve d’agir avec prudence.
Pour un cabinet d’avocats, il est toutefois préférable d’éviter la formule selon laquelle “l’envoi par mail est juridiquement admis” comme s’il s’agissait d’une règle expresse. La formulation la plus sûre consiste à rappeler que le salarié doit justifier son absence, sans qu’un texte impose formellement, à l’égard de l’employeur, un envoi par courrier postal plutôt que par voie électronique.
En conséquence, l’envoi par mail peut constituer un mode de preuve utile, à condition :
En cas de doute, il demeure prudent de cumuler plusieurs modes de transmission, afin de prévenir toute contestation ultérieure.
Quels sont les risques en cas de non-transmission ou de transmission non prouvée ?
L’absence de justification de l’arrêt de travail ou l’impossibilité, pour le salarié, d’établir qu’il a bien informé son employeur peut avoir des conséquences importantes.
D’une part, le salarié peut perdre le bénéfice de certaines garanties, notamment le complément employeur lorsque les conditions de l’article L.1226-1 du Code du travail ne sont pas remplies dans le délai requis.
D’autre part, l’employeur peut considérer que l’absence n’a pas été valablement justifiée et procéder à une retenue sur salaire correspondant à l’absence non justifiée.
Sur le terrain disciplinaire, une absence non expliquée ou insuffisamment justifiée peut également exposer le salarié à une demande de justification, puis, selon les circonstances, à une sanction disciplinaire.
Il faut toutefois éviter d’écrire qu’un licenciement serait automatiquement fondé du seul fait d’un envoi par mail contesté : tout dépendra de la durée de l’absence, des relances effectuées, des justificatifs produits et du comportement global du salarié.
En pratique, la question essentielle devient alors probante : le salarié doit pouvoir démontrer qu’il a bien transmis l’information ou, à tout le moins, qu’il a accompli des diligences sérieuses pour justifier son absence.
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Si l’employeur conteste avoir été informé de l’arrêt de travail ou remet en cause la preuve de sa transmission, il convient d’adopter une approche rigoureuse et probatoire.
Le salarié doit alors rassembler :
Pour un cabinet, il est préférable d’éviter d’affirmer de manière générale que la jurisprudence reconnaît la validité de la notification par voie électronique pour ce type de situation, sauf à citer une décision précise et vérifiée.
La formule la plus sûre consiste à rappeler qu’en cas de litige, le débat portera principalement sur la preuve de l’information donnée à l’employeur et sur le caractère suffisant des diligences accomplies par le salarié.
En cas de désaccord persistant, il est recommandé d’adresser sans attendre une nouvelle transmission du justificatif par un moyen plus sécurisé, puis, si une sanction est envisagée ou prononcée, de solliciter un conseil juridique.
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Nos conseils pratiques pour transmettre un arrêt de travail à votre employeur
Lorsque le salarié choisit d’informer son employeur par mail, il doit veiller à sécuriser la preuve de cette transmission.
En pratique, il est recommandé :
Il est également utile de prévenir rapidement l’employeur par tout moyen usuel dans l’entreprise, afin d’éviter qu’il découvre l’absence sans explication.
L’objectif n’est pas seulement de transmettre un document, mais de pouvoir démontrer, en cas de litige, que l’employeur a été informé utilement et dans un délai compatible avec les exigences légales.
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Conséquence : perte possible du complément employeur, retenue sur salaire en cas d’absence non justifiée, voire risque disciplinaire si la situation perdure.
Solution : informez votre employeur sans délai et, en tout état de cause, dans les 48 heures lorsque ce délai conditionne le bénéfice du maintien légal de salaire.
Conséquence : l’employeur peut soutenir qu’il n’a pas été valablement informé.
Solution : adressez votre message à une adresse professionnelle pertinente, idéalement à votre responsable et/ou au service RH selon les usages de l’entreprise.
Conséquence : l’employeur peut estimer que l’absence n’est pas suffisamment justifiée.
Solution : vérifiez que le document transmis est lisible, complet et identifiable avant l’envoi.
Conséquence : atteinte inutile à votre vie privée.
Solution : contentez-vous d’indiquer que vous êtes en arrêt de travail et transmettez uniquement les éléments nécessaires à la justification de l’absence.
Conséquence : crispation inutile de la relation de travail et difficulté accrue en cas de litige.
Solution : restez bref, factuel et professionnel.
Conséquence : difficulté à démontrer que l’employeur a bien été informé en temps utile.
Solution : conservez le courriel envoyé, la pièce jointe, l’horodatage et tout accusé de réception éventuel.
Une fois informé de l’arrêt de travail, l’employeur doit tirer les conséquences de la suspension du contrat de travail et accomplir, le cas échéant, les formalités nécessaires à l’indemnisation du salarié.
En pratique, cela implique notamment :
En revanche, il faut éviter d’affirmer que l’employeur serait tenu de confirmer immédiatement la réception du mail ou qu’il lui serait toujours interdit de rompre le contrat pendant l’arrêt. Un salarié ne peut pas être licencié parce qu’il est malade, mais d’autres motifs de rupture peuvent exister selon les circonstances.
Le salarié a intérêt à informer son employeur sans délai, même si l’arrêt débute un samedi, un dimanche ou un jour férié. En pratique, un mail envoyé immédiatement peut utilement dater la démarche et faciliter la preuve de l’information donnée à temps.
Cette situation obéit à des règles spécifiques. Il est préférable d’éviter une formule trop générale et de vérifier, au cas par cas, les conséquences de l’arrêt sur les congés payés et leur report.
Il ne faut pas affirmer qu’aucune rupture n’est possible. En revanche, l’employeur ne peut pas rompre la relation de travail pour un motif discriminatoire lié à l’état de santé. Des règles plus protectrices existent en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle.
Il ne faut pas écrire de manière générale que l’arrêt interrompt le préavis. En cas de maladie non professionnelle, le préavis n’est en principe pas prolongé. En revanche, en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle intervenant pendant le préavis, celui-ci peut être suspendu et reporté.
En cas de litige avec l’employeur, un avocat en droit du travail peut vous accompagner
Si l’employeur conteste la régularité de la justification de l’absence, procède à une retenue sur salaire ou engage une procédure disciplinaire, l’assistance d’un avocat en droit du travail peut s’avérer utile.
Son intervention permettra notamment :
La question centrale n’est pas tant celle d’un prétendu “droit absolu” à transmettre l’arrêt par mail que celle de la preuve sérieuse de l’information donnée à l’employeur dans le délai requis.