Licenciement pour faute grave : les droits du salarié
12 mars 2026
Un salarié en arrêt maladie peut-il continuer à travailler ? L’employeur peut-il lui demander de répondre à un mail, de transmettre un dossier ou de participer à une réunion urgente ? Et surtout, le salarié peut-il obtenir automatiquement des dommages et intérêts s’il a travaillé pendant son arrêt ?
La Cour de cassation a récemment précisé une règle essentielle : tout dépend de l’origine de l’initiative. Si l’employeur sollicite le salarié pendant son arrêt maladie, il peut manquer à son obligation de sécurité. En revanche, si le salarié travaille de sa propre initiative, l’indemnisation n’est pas automatique : il doit démontrer un préjudice réel.
Cette distinction est importante, car les situations sont fréquentes en pratique : accès aux mails professionnels, appels de managers, messages Teams, dossiers urgents, télétravail informel, pression implicite ou simple volonté du salarié de “ne pas laisser tomber” l’équipe.
Pour un salarié comme pour un employeur, l’enjeu est donc de savoir qui a provoqué le travail pendant l’arrêt maladie, quelles preuves peuvent être produites et dans quels cas une procédure prud’homale peut être envisagée.

En principe, non.
Lorsqu’un salarié est placé en arrêt de travail pour maladie, son contrat de travail est suspendu. Cela signifie qu’il n’est plus tenu d’exécuter sa prestation de travail pendant la durée de l’arrêt. L’objectif de cette période est de permettre au salarié de se reposer, de se soigner et de récupérer.
L’employeur ne peut donc pas exiger du salarié qu’il continue à travailler comme si son contrat n’était pas suspendu.
Cela concerne notamment :
Le fait que le salarié dispose d’un ordinateur professionnel, d’un téléphone portable ou d’un accès à sa messagerie ne change rien : l’arrêt maladie suspend l’obligation de travailler.
L’arrêt de travail a une conséquence juridique directe : il suspend l’exécution du contrat de travail.
Pendant cette période :
Cette suspension ne signifie pas que tout contact est interdit. Mais elle interdit à l’employeur de transformer un échange ponctuel en véritable poursuite de l’activité professionnelle.
L’employeur est tenu à une obligation de sécurité à l’égard de ses salariés. Cette obligation lui impose de prendre les mesures nécessaires pour protéger leur santé physique et mentale.
Elle ne disparaît pas pendant l’arrêt maladie. Au contraire, l’employeur doit veiller à ne pas compromettre le repos médicalement prescrit.
Dans un arrêt du 19 novembre 2025, la Cour de cassation rappelle que l’employeur doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs lorsqu’il leur confie des tâches.
Cette solution est particulièrement importante en cas d’arrêt maladie. Si l’employeur continue à confier des missions à un salarié arrêté, il peut être reproché à l’entreprise de ne pas avoir respecté son obligation de sécurité.
La Cour de cassation distingue désormais deux situations.
Première situation : l’employeur demande au salarié de travailler pendant son arrêt maladie. Dans ce cas, le manquement à l’obligation de sécurité peut être caractérisé.
Deuxième situation : le salarié travaille seul, sans demande de l’employeur. Dans ce cas, l’indemnisation n’est pas automatique.
Cette distinction est au cœur de l’arrêt du 1er juillet 2026. La Cour de cassation considère que le salarié qui travaille de sa propre initiative pendant son arrêt maladie doit démontrer la réalité et la consistance de son préjudice pour obtenir des dommages et intérêts.
Autrement dit, il ne suffit pas de dire : “J’ai travaillé pendant mon arrêt maladie.” Il faut encore établir pourquoi ce travail a été réalisé, à la demande de qui, et avec quelles conséquences.
Lorsque l’employeur est à l’origine de la sollicitation, la situation est juridiquement risquée.
Il peut s’agir d’une demande directe :
Mais il peut aussi s’agir d’une pression plus indirecte :
Dans ces hypothèses, le salarié peut soutenir que l’employeur a méconnu la suspension du contrat de travail et son obligation de sécurité.
L’entreprise s’expose alors à une demande de dommages et intérêts devant le Conseil de prud’hommes.
La situation est différente lorsque le salarié travaille sans sollicitation de l’employeur.
Par exemple :
Dans ce cas, la Cour de cassation refuse l’indemnisation automatique. Le salarié doit démontrer un préjudice concret.
Cette précision est importante : la seule existence d’un travail accompli pendant l’arrêt maladie ne suffit pas toujours à engager la responsabilité de l’employeur.
Le salarié devra donc établir, par exemple, que ce travail a aggravé son état de santé, prolongé son arrêt, généré une anxiété particulière ou porté atteinte à son repos.
Cette jurisprudence s’inscrit dans une logique plus large autour du droit à la déconnexion.
Dans un arrêt du 25 mars 2026, la Cour de cassation a été confrontée à une situation dans laquelle un salarié s’était connecté spontanément à son poste informatique professionnel pendant son arrêt maladie. La Cour a relevé que les missions avaient été réalisées spontanément, sans sollicitation de l’employeur.
La logique est donc cohérente : lorsqu’un salarié utilise de lui-même ses outils professionnels, sans demande de l’entreprise, il ne peut pas automatiquement reprocher à l’employeur une violation de ses droits.
En revanche, si l’employeur impose, encourage ou tolère activement la poursuite du travail, le raisonnement peut être différent.

Oui, mais avec beaucoup de prudence.
Tout contact n’est pas interdit. Certains échanges peuvent être nécessaires à la continuité de l’activité de l’entreprise.
Par exemple :
Mais ces échanges doivent rester ponctuels, limités et exceptionnels. Ils ne doivent jamais conduire le salarié à reprendre une activité réelle.
Beaucoup d’employeurs pensent qu’une demande courte ou informelle n’est pas problématique. C’est une erreur.
Le risque ne dépend pas seulement de la durée de la tâche, mais aussi de sa nature et de son contexte.
Les erreurs les plus fréquentes sont les suivantes :
Ces pratiques peuvent être utilisées dans un contentieux prud’homal pour démontrer que l’employeur a continué à faire travailler le salarié malgré son arrêt.
Pour limiter le risque, l’employeur doit adopter une démarche claire.
Dès qu’un arrêt maladie est connu, il est recommandé de :
Cette organisation permet à l’entreprise de démontrer qu’elle a respecté la suspension du contrat et son obligation de sécurité.
Le salarié en arrêt maladie doit également être vigilant.
S’il reçoit des demandes professionnelles pendant son arrêt, il doit conserver les preuves :
Il est également conseillé de répondre avec prudence, par exemple en rappelant qu’il est en arrêt maladie et qu’il ne peut pas travailler pendant cette période.
Si le salarié travaille spontanément, sans sollicitation de l’employeur, il devra être capable de démontrer un préjudice s’il souhaite obtenir une indemnisation.
Lorsque le salarié travaille de sa propre initiative, il doit démontrer un préjudice réel.
Ce préjudice peut être notamment :
La difficulté est donc probatoire. Le salarié ne doit pas seulement prouver qu’il a travaillé. Il doit prouver les conséquences de ce travail.
Si le salarié estime que son employeur l’a fait travailler pendant son arrêt maladie, il peut saisir le Conseil de prud’hommes.
Selon la situation, il peut demander :
La stratégie dépendra du dossier, des preuves disponibles et du lien entre les sollicitations de l’employeur et le préjudice allégué.
Dans ce type de contentieux, l’accompagnement d’un avocat droit du travail dans les Yvelines peut permettre d’évaluer les preuves, de qualifier les manquements et de déterminer l’opportunité d’une action.
La preuve est le point central de ce type de litige.
Le juge va chercher à savoir :
La réponse à ces questions déterminera l’issue du litige.
C’est pourquoi les preuves écrites sont essentielles. Les échanges informels, les appels téléphoniques non documentés ou les demandes orales sont plus difficiles à exploiter.
Un salarié est arrêté pour maladie. Son manager lui écrit : “Je sais que tu es en arrêt, mais peux-tu finaliser le tableau pour le client ? C’est urgent.”
Dans cette situation, l’initiative vient clairement de l’employeur. Le salarié peut produire le message pour démontrer la sollicitation. Le risque de manquement à l’obligation de sécurité est important.
Un salarié en arrêt maladie consulte sa messagerie professionnelle et répond à plusieurs clients sans que son employeur ne lui ait rien demandé.
Dans cette hypothèse, l’indemnisation n’est pas automatique. Le salarié devra démontrer un préjudice concret et établir que l’employeur a joué un rôle dans cette situation, ou à défaut prouver les conséquences dommageables de son activité.
Un salarié en arrêt maladie continue à travailler régulièrement. L’employeur ne lui donne pas d’instruction directe, mais voit passer ses mails et ne lui demande jamais d’arrêter.
Cette situation est plus délicate. Tout dépendra des faits. Le juge pourra rechercher si l’employeur a simplement constaté l’activité du salarié ou s’il l’a implicitement acceptée, encouragée ou exploitée.
La frontière entre initiative personnelle et tolérance fautive peut alors devenir un point central du débat prud’homal.
Un salarié en arrêt reçoit plusieurs messages du type : “On est bloqués sans toi”, “Le client attend ton retour”, “Tu es le seul à connaître le dossier”.
Même sans ordre direct, ces messages peuvent être analysés comme des sollicitations implicites, surtout s’ils sont répétés et s’ils conduisent le salarié à travailler.
Dans ce cas, la preuve du contexte sera essentielle.
Il est conseillé de consulter un avocat lorsque :
Un avocat procédure prud’hommes à Versailles peut notamment aider à structurer le dossier, préparer les pièces, rédiger les demandes et apprécier les chances de succès devant le Conseil de prud’hommes.
Cette jurisprudence ne bouleverse pas le droit applicable, mais elle clarifie une difficulté pratique.
Avant, le débat pouvait se concentrer sur une question simple : le salarié a-t-il travaillé pendant son arrêt ?
Désormais, le raisonnement doit être plus précis :
Cette méthode d’analyse permet d’éviter deux excès : sanctionner automatiquement l’employeur lorsque le salarié a agi seul, ou exonérer l’employeur lorsqu’il a, en réalité, fait travailler le salarié malade.
En principe, le salarié n’a pas à répondre à ses mails professionnels pendant son arrêt maladie. S’il le fait spontanément, cela ne suffit pas automatiquement à engager la responsabilité de l’employeur. En revanche, si l’employeur lui demande de répondre, le risque juridique est plus important.
Un appel ponctuel peut être admis s’il porte sur une information strictement indispensable. En revanche, l’employeur ne doit pas demander au salarié d’exécuter une prestation de travail.
Oui, si la demande est strictement nécessaire et limitée. Mais elle ne doit pas conduire le salarié à traiter un dossier ou à reprendre son activité.
Non, pas dans tous les cas. Si le salarié travaille de sa propre initiative, il doit démontrer un préjudice réel. En revanche, si l’employeur l’a sollicité, la responsabilité de l’employeur peut être engagée.
Il est conseillé de conserver les preuves des demandes, de rappeler que vous êtes en arrêt maladie et de ne pas exécuter de tâches professionnelles. En cas de sollicitations répétées, l’avis d’un avocat peut être utile.
Non. Le salarié en arrêt maladie n’a pas à travailler. Une sanction fondée sur ce refus serait juridiquement contestable.
Non. Même si le salarié peut techniquement travailler depuis chez lui, l’arrêt maladie suspend son obligation de travail. Le télétravail ne permet pas à l’employeur de contourner l’arrêt.
Oui, mais seulement s’il prouve un préjudice. Le simple fait d’avoir travaillé ne suffit pas.
Le travail pendant un arrêt maladie est une zone de risque importante en droit du travail. La règle reste claire : un salarié arrêté n’a pas à travailler et l’employeur ne doit pas le solliciter.
La jurisprudence récente apporte toutefois une nuance essentielle. Lorsque le travail accompli pendant l’arrêt maladie résulte d’une demande de l’employeur, celui-ci peut manquer à son obligation de sécurité. Lorsque le salarié agit seul, sans sollicitation, l’indemnisation n’est pas automatique : il doit prouver un préjudice réel.
Cette distinction impose une vigilance accrue des deux côtés. Les employeurs doivent organiser l’absence du salarié et éviter toute sollicitation. Les salariés doivent conserver les preuves des demandes reçues et documenter les conséquences subies.
En cas de conflit, l’analyse du dossier dépendra principalement des preuves disponibles, de l’origine de l’initiative et de la réalité du préjudice invoqué.
En principe, non. Lorsqu’un salarié est placé en arrêt maladie, son contrat de travail est suspendu. Il n’a donc pas à exécuter ses missions professionnelles, même à distance ou de manière ponctuelle.
L’employeur ne doit pas demander au salarié d’effectuer une prestation de travail pendant son arrêt maladie. Une demande de réponse à un mail professionnel peut être risquée si elle oblige le salarié à traiter un dossier, gérer un client ou poursuivre son activité normale.
Un contact très ponctuel peut être admis lorsqu’il est strictement nécessaire, par exemple pour récupérer un mot de passe, localiser un document ou obtenir une information indispensable. En revanche, les sollicitations répétées ou liées à l’activité normale du salarié sont à proscrire.
Non, pas dans tous les cas. Si le salarié a travaillé de sa propre initiative, sans demande de l’employeur, il doit démontrer un préjudice réel. En revanche, si l’employeur l’a sollicité, le manquement à l’obligation de sécurité peut ouvrir droit à réparation.
L’initiative du salarié correspond à une situation dans laquelle il décide seul de consulter ses mails, de répondre à un client ou d’avancer sur un dossier. La demande de l’employeur suppose au contraire une sollicitation directe ou indirecte : consigne, relance, pression, réunion, appel ou message professionnel.
L’employeur peut être poursuivi pour manquement à son obligation de sécurité. Le salarié peut alors demander des dommages et intérêts devant le Conseil de prud’hommes s’il établit que l’employeur l’a sollicité pendant la suspension de son contrat.
Le salarié doit conserver les mails, SMS, messages Teams, WhatsApp, invitations à des réunions, relances, consignes écrites, historiques de connexion et tout document montrant que l’employeur a demandé ou encouragé le travail pendant l’arrêt.
Non, pas si le salarié est en arrêt maladie. Le télétravail ne permet pas de contourner la suspension du contrat de travail. Même depuis son domicile, le salarié n’a pas à exécuter de prestation professionnelle pendant son arrêt.
En principe, non. Un salarié en arrêt maladie n’est pas tenu de travailler. Une sanction fondée sur son refus de traiter un dossier, de répondre à un client ou de participer à une réunion pendant son arrêt pourrait être contestée.
Il est conseillé de consulter un avocat lorsque les sollicitations pendant l’arrêt maladie sont répétées, lorsque l’état de santé du salarié s’aggrave, lorsqu’un licenciement intervient ensuite ou lorsqu’une procédure devant le Conseil de prud’hommes est envisagée.